SAÏGON

Épuisés et abattus des étés nordiques

Qui vous tourmentent de façon sadique?

Découragés du froid et du climat pluvieux?

Excédés de ces jours gris, tristes et ennuyeux?

 

Ne cherchez plus et courrez vite à Saïgon

Où vous trouverez enfin la belle saison.

Le ciel y est d'une limpide transparence

Mais de grâce, ne vous fiez pas aux apparences!

 

La chaleur y est plus élevée qu'aux Enfers

Le mercure grimpe souvent à la stratosphère.

Vous y serez à l'aise comme dans une étuve

D'où émanent de nauséabondes effluves.

 

Si cette fournaise ne suffit pas, patientez!

Le meilleur à venir saura vous enchanter.

Le parfum tenace du durian flattera vos narines

D'une fragrance subtile digne des latrines.

 

Marcher ou nager revient au même

Vous serez trempés à l'os sans problème.

Et soudain, sans préavis, une bonne douche

Tombera du ciel et en remettra une couche!

 

À ces désagréments s'ajoute une cacophonie

Qui vous transporte à deux doigts de l'agonie.

Le tintamarre du trafic et de la construction

Est un supplice pire que la pire des damnations.

 

Mais soyons sérieux, voulez-vous, un instant.

Saïgon est une ville infernale et pourtant...

Elle dégage de partout une belle énergie

Qui défie toute image et toute analogie.

 

Elle vibre au rythme du cœur de ses gens

Toujours souriants, généreux et indulgents.

Elle est sans artifices et sans maquillage.

Elle veut être prise telle quelle, sans partage.

 

Saïgon est comme une maîtresse en chaleur

Qui assume ses charmes sans fausse pudeur,

Qui vous enlace fermement, qui vous étreint

Et qui sans vergogne met le feu à vos reins.

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