VOL AC-1918

Vol Air Canada 1918, liaison Montréal-Venise, le 31 septembre.

21h32

« Bonsoir, Mesdames et Messieurs. Mon nom est Jean-Christophe Leclerc, votre commandant sur ce vol 1918 à destination de Venise. Je vous souhaite la bienvenue à bord. Nous venons d’atteindre notre vitesse de croisière à 33 000 pieds d’altitude. Nous n’entrevoyons pas de perturbation climatique et les conditions météo sont bonnes. Cependant, je demande votre attention. Dans une dizaine de minutes, je vais vous donner des informations d’une extrême importance qui ne concernent pas directement notre vol mais qui pourraient avoir, je regrette de le dire, un impact majeur sur nos vies à tous, passagers et membres de l’équipage. Je vous demande donc de bien vouloir patienter et de garder votre siège. À tous les membres de l’équipage, je vous prie de retourner à vos postes et d’attendre de nouvelles instructions. Je comprends que ce que je viens de vous dire peut sembler intrigant ou étrange mais je demande votre compréhension et en retour, je m’efforcerai de vous revenir rapidement. Il me faut faire certaines vérifications au préalable. Je vous remercie de garder votre calme. (…) Ladies and Gentlemen, this is your captain….. »

Le commandant poursuivit son message en anglais et le co-pilote le reprit dans un italien impeccable.

La liaison Montréal-Venise avait décollé de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau à 21 heures, tel que prévu, avec 242 passagers à bord.

Le message du commandant avait été reçu dans un profond silence, dès que les passagers eurent perçu son ton solennel et mystérieux. On n’entendait que le ronronnement des moteurs. Le moment de surprise passé, certains se penchèrent vers leur voisin, échangèrent des regards furtifs étonnés ou craintifs. D’autres, mirent leur visière, se calèrent dans leur siège pour se trouver une position confortable et s’endormir, indifférents au climat lourd d’appréhension qui s’était abattu dans les cabines, toutes catégories confondues.

Que pouvait bien signifier cette annonce du commandant? Les murmures firent place rapidement à des échanges bruyants et bientôt ce fut une cacophonie générale. Les plus inquiets émirent des commentaires sur la sécurité et les problèmes techniques de l’appareil. Une voix s’éleva :

- Mais non! Ça ne se peut pas! Le commandant a bien dit que tout se déroulait comme prévu.

- Oui, mais peut-être qu’il a dit ça pour nous tranquilliser alors que…

- Pensez-vous qu’il y aurait des terroristes dans le cockpit?

- Peut-être…ça expliquerait qu’il ne puisse pas tout nous dire. Mais de son ton, moi je pense que…

- Pourquoi donc il nous garde dans le noir? Nous avons le droit de savoir! C’est quoi cette excuse de vérifier des informations?

- Peut-être qu’il veut gagner du temps et négocier avec eux…

- Je ne le pense pas! Si c’était le cas, il aurait terminé de négocier avant de nous faire des demi-annonces…

- En tout cas, moi je compte porter plainte dès que nous allons atterrir. Je vais tout enregistrer, pour avoir la preuve de ce qui nous arrive. Avec Air Canada, il faut être bien équipé. Quelle compagnie! Pas une fois que je n’ai pris cette ligne aérienne sans avoir eu des problèmes. Alors qu’avec…

Le reste de sa phrase fut perdu dans le brouhaha général qui maintenant avait submergé l’appareil comme une lame de fond. On ne distinguait plus un mot mais des voix qui criaient leur désarroi et leur inquiétude. Les membres de l’équipage, eux qui auraient pu calmer et réconforter les voyageurs étaient cloués à leur siège, respectant ainsi les instructions du commandant.

***

Depuis l’annonce du commandant, elle avait gardé le silence, tapie dans son siège. Les yeux fermés, elle s’isolait de toutes ses forces dans cette mer qui déferlait autour d’elle. Elle refusait de répondre aux inquiétudes de ses voisins qui ne cessaient de l’interpeler. Elle s’imaginait être seule dans l’avion, un vague sourire se dessinait sur ses lèvres.

Des images s’imposaient à elle, lui apportant chacune un instant de bonheur d’un souvenir intime. Elle le revoyait qui l’enlaçait tendrement alors qu’ils marchaient sur la plage, les pieds dans l’eau. L’air était pur et ses baisers avaient le goût des algues. Ce soir-là, ils avaient fait l’amour et il lui avait parlé de leur avenir. Elle n’avait jamais ressenti un tel bien-être.

Quelques jours plus tard, il lui annonçait que son employeur lui proposait un transfert en Italie, au siège mondial basé à Bologne. N’était-ce pas merveilleux de débuter une nouvelle vie dans ce pays qui les attiraient tous les deux? Elle avait sauté de joie, elle était prête à le suivre au bout du monde.

C’était il y a quatre mois, c’était il y a une éternité. Elle ressentait dans sa chair le besoin brûlant de ses baisers, de ses bras, de sa tendresse. Depuis son départ, ils étaient en contact constant par Facetime mais elle avait encore tellement à lui dire. Elle ne lui avait pas annoncé le plus important.

22h48

« Mesdames et Messieurs, ici le commandant Leclerc. J’ai enfin des nouvelles importantes et graves à vous annoncer. Mais auparavant, je vous demande de rester à vos places et de garder votre calme. Ce que j’ai à vous dire ne concerne d’aucune façon notre appareil, notre vol ou notre sécurité collective. Il s’agit en fait d’événements qui se déroulent en ce moment sur terre. Face à la gravité des faits en cause, j’ai personnellement et avec l’aide de mon équipe vérifié et contre-vérifié ces renseignements auprès de diverses sources dont l’Agence France-Presse, la BBC, le New York Times et le Yomiuri Shimbun de Tokyo. Malheureusement, tous ces renseignements se recoupent et sont exacts. Les voici.

À 20h58, alors que nous étions sur la piste et prêts au décollage de Montréal, un missile Hwaesong-7 Nord-Coréen s’est écrasé sur la ville de Sapporo, située dans l’archipel d’Hokkaido, au Japon. La ville a été rayée de la carte et sa population de plus de deux millions a disparu dans la conflagration. D’après Yomiuri Shimbun qui publie le plus important journal de Tokyo, le ministre japonais de la défense Naoki Tanaka avoue qu’il a été impossible de déployer à temps le système de défense antimissile PAC-3. La bombe nucléaire aurait une charge estimée à 96 kilotonnes. Il semble que le missile se dirigeait vers l’océan Pacifique et que pour une raison inconnue, sa trajectoire a été changée brusquement pour survoler l’archipel d’Hokkaido, comme ce fut le cas le 27 août dernier. En plus des morts qui se comptent par centaines de milliers, le nuage atomique se déplacerait pour recouvrir tout l’archipel pouvant causer la mort potentielle de trois à quatre millions de personnes.

À 21h17, Shinzo Abe, Premier ministre japonais, déclarait la guerre à la Corée du Nord et lançait un appel à ses alliés et principalement les États-Unis, exigeant une réplique égale contre l’attaquant nord-coréen. Nous venons de recevoir la nouvelle confirmée par le New-York Times que le Président Trump a donné l’ordre à 21h39 de lancer une bombe atomique sur Pyongyang, précisant que ce sera une « frappe chirurgicale ». Lors de cette annonce, le président était entouré de Joseph Dunford, chef de l’État-Major, de James Mattis, Secrétaire à la Défense et par le Secrétaire d’État Rex Tillerson. À 22h08 une bombe nucléaire a été lancée à partir du destroyer John S. McCann qui croisait non loin des côtes et s’est écrasée sur Pyongyong, la capitale de la Corée du Nord, causant la mort de plus de deux millions de personnes. La ville a été anéantie à environ 95%. Les échanges de nouvelles se font à un tel rythme, Mesdames et Messieurs, qu’il est difficile de suivre le fil des événements. Je retiens qu’en l’espace d’environ une heure, quatre à cinq millions de personnes sont mortes et que le monde est… ». La voix du commandant s’étouffa dans un sanglot clairement perceptible et qui fut comme un signal qui déclencha les cris et la détresse générale dans l’avion. La voix du commandant revint pour annoncer sur un ton monocorde : « Excusez-moi…comme vous, je suis désemparé face à tout ce qui se passe actuellement. Je vous en prie, nous allons traverser ces moment pénibles ensemble et dans le calme autant que possible. Pour éviter toute perturbation qui pourrait être causée par des rumeurs et des informations partielles, je serai le seul à maintenir les communications avec le monde extérieur et à cet effet, j’ai suspendu toute liaison Internet et satellitaire. Je vous reviens dès que j’ai des nouvelles supplémentaires. Merci. »

Un lourd silence s’abattit et seul le bruit régulier du ronronnement des moteurs remplissait la cabine. Vinrent ensuite les premiers cris étouffés, suivis de sanglots et de chuchotements. Les passagers étaient comme assommés par le choc des nouvelles, à la fois impuissants et craintifs, ne sachant trop quoi faire, coincés dans l’avion alors que leur monde s’écroulait. Le besoin de parler, de ventiler et d’exprimer leurs sentiments l’emporta. Quelques faibles échanges commencèrent à s’ébruiter allant d’une rangée à l’autre en s’amplifiant jusqu’à devenir une cacophonie de pleurs, de désolation et de détresse. Tous réalisaient que leur survie collective était en jeu.

Et puis, à nouveau, le silence reprit le dessus, léger comme une prière d’espérance dans un monde qui implosait.

Elle avait écouté chaque mot du commandant les yeux toujours fermés, comme on avale une potion amère. Elle but une gorgée d’eau, ébranlée par des sentiments confus. La joie qui l’habitait il y a à peine quelques instants avait laissé place à une peur  viscérale qui la faisait frissonner comme une feuille poussée par une brise glacée. Elle réalisait de façon encore intuitive
que sa vie, leur vie, ne serait plus jamais comme avant. Son fiancé qui l’attendrait dans quelques heures à l’aéroport sera-t- il là pour la prendre dans ses bras et la réconforter? Serait-il au courant des événements, lui qui ne s’intéressait guère à la politique? Et, surtout, que devrait-elle faire? Lui annoncer qu’elle est enceinte? Comment acceptera-t- il ce cadeau sachant que le monde est au bord du chaos? Comment pouvait-elle mettre au monde cet enfant alors que des millions venaient de perdre leur vie en si
peu de temps?


23h34

« Mesdames et Messieurs, ici le commandant Leclerc ». Sa voix avait repris son débit monotone et détaché. « Mon équipe et moi tentons toujours d’obtenir des informations supplémentaires et de les valider auprès de différentes sources. Les nouvelles que nous avons recueillies ne sont pas encourageantes. Nous venons d’apprendre qu’à 22h28, soit 21 minutes après le bombardement de Pyongyang, le Président Macron de la France, la Chancelière Merkel d’Allemagne et la Première ministre du Royaume-Uni, Theresa May ont condamné unanimement la riposte américaine, la qualifiant « d’acte barbare ». M. Macron serait en route vers Washington. M. Antonio Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, a convoqué une réunion extraordinaire de l’Assemblée ainsi que du Conseil de sécurité, qui devraient avoir lieu dans les 48 heures. Entretemps, des informations non confirmées provenant de la BBC indiquent que des tanks russes ont envahi l’Ukraine à partir des territoires occupés de Donets et Lougansk. Les intentions du Président Poutine ne sont pas claires et aucun communiqué n’a été émis du Kremlin. Le journal The Guardian accuse la Russie de profiter de la situation en Asie pour faire main basse sur un territoire souverain d’Europe.

Comme vous, Mesdames et Messieurs, nous nous demandons quelle sera la réponse chinoise. Jusqu’à présent c’est le silence total de la part de Beijing. Nous continuons nos démarches et vous tiendrons au courant au fur et à mesure que nous obtiendrons plus d’information. Nous vivons ensemble des heures graves et dangereuses. Nous avons décollé alors que le monde était en paix. Nous terminerons ce voyage dans un monde déchiré et détruit. Nous espérons que la raison finira par l’emporter et que nos vies seront sauves. Que le Dieu de nos croyances, quelles qu’elles soient, nous vienne en aide. Merci pour votre compréhension. »

Encore un silence profond et respectueux, entrecoupé de gémissements. Un murmure à peine audible au début, commença à serpenter entre les sièges comme une eau qui s’échappe d’une jarre trop pleine.

Les deux mains sur son visage ruisselant de larmes, elle tentait de contenir les petits cris qui montaient du profond de son être. Elle était effarée, perdue, tiraillée par des sentiments qu’elle ne reconnaissait pas. Elle revoyait ces images des jours de bonheur et cet amour qui les habitait tous les deux. Elle repensait à ces plans d’avenir qu’ils avaient échafaudés ensemble, comme un château de sable soudain emporté par un tsunami. Elle gardait précieusement en elle son secret : elle voulait annoncer en premier à son fiancé qu’elle était enceinte. Un cadeau qu’elle comptait lui offrir à son arrivée, comme un sceau à leurs amours. « Comment faire le cadeau d’une vie alors que tant d’autres ont disparu? Ai-je le droit de donner la vie à notre enfant dans un monde de haine et de destruction? Non, je ne vois pas comment… ». Mais le sourire de son fiancé lui apparaissait soudain, radieux de la nouvelle et effaçant du même coup ses hésitations.

***

0h53

« Mesdames et Messieurs, ici le commandant. Nous venons d’apprendre que la Chine a émis un communiqué informant la Corée du Sud que ses troupes ont traversés le territoire de la Corée du Nord en longeant sa côte occidentale et en ne rencontrant aucune résistance. Deux divisions s’apprêtent à atteindre la frontière entre le Nord et le Sud de la Corée. Quatre unités navales se trouvent en Mer Jaune et menacent la capitale Séoul. Le communiqué intime l’ordre à Séoul de capituler pour éviter toute effusion de vies humaines. Elle indique par ailleurs, qu’elle ne tolèrera pas d’intervention militaire de quelque pays sous peine de mettre à exécution tous les moyens dont elle dispose pour « rétablir l’ordre et la stabilité dans la région ».

Par ailleurs, sur le front ukrainien, la bataille s’est engagée et a lieu en ce moment même. Aucun pays de l’UE n’a indiqué s’il enverrait des troupes pour soutenir le régime de Kiev. D’après la radio ukrainienne, trois divisions de tanks russes et plusieurs milliers de troupes ont traversé l’est et le nord du pays. Cette même source rapporte 128 morts du côté ukrainien dont une cinquantaine de civils.

Enfin, les pays membres de l’ONU ont indiqué qu’ils seraient présents à la réunion extraordinaire convoquée par le Secrétaire général. Seule exception : la Chine qui refuse d’y participer et exige au préalable le retrait des États-Unis de la zone de conflit coréen. Nous n’avons pas d’autres informations à vous transmettre pour le moment. Merci encore pour votre écoute et votre calme. Restons solidaires en ces heures difficiles. Je vous reviens sous peu. »

Le service de repas avait débuté et les membres de l’équipage faisaient de leur mieux pour offrir l’aide et le support aux passagers en détresse. Rares étaient ceux qui avaient l’appétit pour manger malgré l’heure tardive. Une atmosphère lourde de stupeur et d’abattement général régnait dans tous les compartiments de l’avion. Quelques passagers terrassés par le sommeil avaient réussi à dormir mais la plupart s’échangeaient des commentaires à voix basse, inquiets sur leur avenir.

Au fil des heures suivantes le commandant intervint trois fois pour des mises à jour de la situation. Il leur fit par de l’effondrement des cours aux Bourses de Singapore, Hong-Kong et Shanghai, des chutes qui avaient atteints 53% à Tokyo. Les craintes étaient que ce mouvement se répercute à l’ouverture des places boursières en Europe et à New-York. L’édition asiatique du Wall Street Journal rapportait une menace de la Chine de se départir de plusieurs milliards de dollars de bons du trésor américain afin de punir les États-Unis de leurs actions. À 3h22, le commandant leur annonça que la Chine refuserait dorénavant de transiger en devise américaine pour son commerce international. Elle mettait de l’avant sa devise, le yuan, appuyée sur des réserves massives d’or, parmi les plus importantes du monde. Ces nouvelles jetèrent la consternation générale parmi les passagers. Comment allait se terminer ce cauchemar? Jusqu’où pouvait aller cette série de catastrophes? C’étaient les questions que chacun ruminait dans son coin sans trouver quelque consolation auprès de son voisin.

Absente de l’inquiétude palpable qui s’était installée, elle demeurait isolée, fermement décidée à ne s’entretenir avec personne. Elle était tiraillée intérieurement par des questions insolubles. Elle cherchait des points de repères auxquels s’accrocher qui lui permettraient de décider si elle devrait ou non garder ce germe de vie qui s’était enraciné en elle. Elle se sentait dépassée par les événements.

4h17

« Mesdames et Messieurs », la voix du commandant était blanche et atone. On percevait nettement sa lourde respiration et sa difficulté à s’exprimer. « Je dois vous lire un communiqué émis par la Maison-Blanche il y a quelques minutes : À tous les citoyens américains aux États-Unis et de par le monde et à tous ceux qui portent notre pays dans leur cœur, nous avons l’immense regret et la grande douleur de vous annoncer que le 45ième Président des États-Unis, Donald John Trump, est décédé suite à une blessure mortelle qu’il s’est infligée à 3h32, heure de Washington. À 4h03, le Vice-président Mike Pence a prêté serment devant le Juge-en-chef des É-U. Le décès du Président a été confirmé par toutes les personnes présentes à une réunion qui se tenait dans le Bureau Oval : le Vice-président, Mike Pence, le Secrétaire d’État Rex Tillerson, le Chef de cabinet de la Maison-Blanche John Kelly, le Secrétaire à la Défense James Mattis et le chef d’État-Major des forces armées Général Joseph Dunford. La réunion d’urgence convoquée à 2h15 avait pour objectif de revoir la stratégie américaine concernant l’Asie. Sous prétexte de vouloir consulter un mémo envoyé par le Président Poutine, M. Trump se serait dirigé vers son bureau. Il se serait assis dans le siège présidentiel, ouvert un tiroir pour en sortir un revolver. Il l’aurait alors brandi au-dessus de sa tête à la surprise générale des personnes présentes et aurait lancé à haute voix : « Finissons-en de tout ce foutu bordel! », ( Let’s get over this fucking mess!). Avant que quelqu’un ait pu réagir, M. Trump aurait mis le canon du revolver dans sa bouche et aurait tiré sur la gâchette. Toutes les personnes présentes se sont précipitées vers le Président qui gisait sur son bureau. Le Vice-président Pence a été le premier à déclarer la mort du Président. Dans ces heures tragiques qui secouent notre pays, nous devons demeurer unis et résilients. Malgré ce grand malheur qui nous frappe, nous devons démontrer au monde entier notre confiance en nos institutions, notre sens de la justice et de la liberté et nos valeurs démocratiques. La grandeur de notre pays repose sur notre Constitution, elle sera notre guide pour sortir de cette crise. Que Dieu bénisse l’Amérique ».

Un bref silence suivit la lecture du communiqué. Le commandant poursuivit :

« Mesdames et Messieurs, suite aux bombardements de Sapporo et de Pyongyang et de la mort de près de 10 millions de personnes, de l’invasion de l’Ukraine, des menaces de la Chine et maintenant du suicide du Président des États-Unis, nous sommes dépassés par les événements. Il m’est difficile de poursuivre la lecture complète des informations. Si vous me le permettez, je voudrais prendre quelques minutes avant de poursuivre. Pour ma part, je vais prier et je vous invite au recueillement également. Invoquez par les prières propres à votre religion le salut de nos âmes. À tout le moins, je vous invite au silence et à la méditation sur notre condition humaine. Merci. ».

***

Bouleversée, craintive, par moments affolée et indécise. Elle en venait à perdre sa raison et ses croyances. Elle se pinçait espérant se réveiller d’un horrible cauchemar. Comment en si peu de temps le monde s’était-il écroulé sous le poids de catastrophes l’une plus terrible que l’autre?

Bien sûr, elle avait suivi comme tout le monde les échanges belliqueux entre Trump et Kim Jong-un, deux matamores aux egos surdimensionnés. Mais de là à mettre leurs menaces infernales à exécution?

Bien sûr, le monde appréhendait les ambitions d’hégémonie russe entretenue par Poutine. Mais de là à profiter de l’attention mondiale centrée sur l’Asie pour envahir l’Ukraine?

Bien sûr, plusieurs s’interrogeaient depuis quelque temps sur les capacités intellectuelles et psychologiques du Président Trump et sa stabilité émotive sous pression. Mais de là à se suicider en pleine crise et en présence de ses adjoints?

Elle était secouée par de longs sanglots et elle hoquetait sans arrêt. Soudain, elle sécha ses larmes. Son regard devint plus assuré, son visage plus résolu. Elle avait pris enfin sa décision.

4h39

« Mesdames et messieurs, nous approchons de l’aéroport Marco-Polo de Venise. Nous allons entreprendre les manœuvres d’atterrissage bientôt. Avant de vous laisser, j’aimerais revenir sur les événements que nous avons vécus ensemble cette nuit. Le monde dans lequel nous allons bientôt atterrir n’est plus le même que celui que nous avons quitté à Montréal. Malheureusement, nous entrons dans une ère de violence et de haine où chacun, chaque pays, ne voit plus que son propre intérêt égoïste. Pourtant, notre civilisation, elle, a été construite sur la générosité, l’entraide, le partage et la compassion. C’est ce que nous avons appris dès notre plus jeune âge, quelles que soient nos croyances ou notre pays d’origine. Avant de vous dire adieu, je voudrais vous souhaiter une vie d’amour et de partage. Ce sont les seules armes contre la violence actuelle. Merci. ».

 

***

Arrivée dans le hall de l’aéroport, elle l’aperçut dans la foule, rayonnant. Elle courut vers lui et se refugia dans ses bras dans une étreinte chaleureuse. Il la couvrit de baisers et de mots d’amour.

Elle leva la tête, son regard bien droit et lui offrit ses lèvres. Ils se dirigèrent à pas lents vers la sortie, enlacés. Elle marchait en silence, heureuse de le retrouver. Elle ne dit pas un mot mais elle sentait un couteau planté au plus profond d’elle-même.

(Fin)

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