LA PRINCESSE DU VIETNAM

Résumé : Il était une fois…Il y a de cela plusieurs centaines d’années, Thuy Anh, princesse du Vietnam, doit résoudre quatre énigmes pour sauver son pays de la famine et du malheur. (Illustrations de Chloé, 6 ans)
 

***

Il était une fois… un grand pays, long comme un serpent couché au bord de la mer. Il était protégé par des fées qui vivaient tout au haut des montagnes, cachées dans les nuages. À cette époque, les dragons volaient dans les airs, les chimères jouaient avec les licornes et les mammouths broutaient dans les savanes. Dans ce pays vivaient des hommes et des femmes qui avaient la peau tatouée de fleurs et d’oiseaux de toutes les couleurs. Quand ils se cachaient dans la forêt, ils devenaient invisibles sous les feuillages et même les oiseaux se posaient sur leurs épaules. Dans ce temps lointain, ce pays s’appelait Van Lang, « la terre des hommes tatoués ». Aujourd’hui, il se nomme le Vietnam.

Il y a plusieurs milliers d’années, le roi Vun Tung régnait sur le pays. C’était un roi juste et généreux. Parce qu’il avait le souci de toujours bien traiter son peuple, celui-ci l’aimait et le respectait. Ce souverain avait une fille, son unique enfant, qu’il aimait par-dessus tout. Il prenait soin de lui enseigner l’art de gouverner le pays, car il voulait qu’elle soit reine un jour, après lui. La princesse Thuy Anh était une fille gaie et courageuse, toujours disposée à apprendre, à aider et à travailler. À l’école, elle aimait jouer avec les autres enfants de son âge. Mais surtout, elle aimait monter sur le dos de son dragon bleu, s’envoler dans les airs et partir à la chasse aux papillons

Son dragon bleu se nommait Cah Bö. Il lui avait été offert à sa naissance par Lang Quan, Seigneur des Dragons, qui protégeait avec ses armées les frontières du pays au nord et à l’ouest. Depuis la nuit des temps, les dragons bleus habitaient dans les montagnes qui formaient un rempart tout autour du pays.

Lorsque notre histoire commence, la princesse Thuy Anh vient tout juste de fêter ses quatorze ans. Elle porte fièrement l’ao dai, la robe traditionnelle qui lui descend aux chevilles. Parce qu’elle a grandi de plusieurs centimètres en quelques mois, elle ressemble beaucoup à sa mère, la reine Ninh Nhet. Thuy Anh a tressé ses cheveux noirs en une longue natte qui pend dans son dos et ses yeux sont vifs et rieurs. Mais depuis quelques mois, ni elle ni personne au pays de Van Lang n’a envie de rire ou de s’amuser.

En effet, pour des raisons inconnues, le pays souffre d’une grave famine. Des pluies diluviennes et des typhons précoces avaient détruit durant deux années d’affilée les récoltes de riz dans les vallées. Même dans les régions montagneuses où l’on cultive légumes et fruits de toutes sortes, les terres pourrissaient sous le vent mauvais. À cause de cela, des troupeaux entiers étaient décimés et le peuple mourait de faim. Le pays vivait une crise grave et le roi Vun Tung tentait par tous les moyens de secourir les plus démunis. Mais ses efforts étaient vains ; il ne parvenait pas à contrer le sort cruel.

Un jour, Kim Dao, la reine des fées descendit des montagnes et traversa le pays pour rencontrer le roi dans son palais.

« Envoie ta fille Thuy Anh à Cao Ban, dans le delta du Mékong. Là, à la porte de la ville, elle rencontrera une vieille femme sous un acacia. Elle lui demandera son chemin. La réponse de cette vieille pourrait t’apporter un peu de réconfort et sauver ton pays ».

Le roi, étonné, ne put réprimer un mouvement de recul : « Mais Thuy Anh n’a pas encore quinze ans. Je ne peux pas l’envoyer toute seule à travers le pays ; elle est encore trop jeune. Comment saura-t-elle quoi faire ? »

« Ne crains rien, Majesté, lui répondit la fée. Je vais guider ses pas et elle ne me verra pas. Fais-lui confiance. Ta fille est brave, intelligente et courageuse. Elle saura quoi faire ».

En désespoir de cause, le roi accepta. Rapidement, les préparatifs furent faits. Thuy Anh enfourcha Cah Bö, son dragon bleu, et s’envola dans les airs en direction de Cao Ban dans le delta du Mékong. Ses cheveux défaits flottaient au vent et on pouvait voir dans son regard sa détermination à sauver son cher pays.

Elle vola ainsi sur le dos du dragon bleu bien au-dessus des nuages et elle pouvait voir, du haut des airs, les villages, les montagnes et les champs. Mais partout où se portait son regard, elle ne voyait que la misère et la désolation du pays.

Enfin, elle aperçut le delta du Mékong et la ville de Cao Ban. D’un léger coup de cheville, elle ordonna à Cah Bö de redescendre vers le sol. Il se posa lentement au bord du fleuve, ses grandes ailes déployées. Sous un arbre était assise une vieille femme vêtue de noir et portant un chapeau de paille conique. Thuy Anh s’approcha d’elle et lui dit : « Bonjour madame. Je cherche mon chemin. Pouvez-vous m’indiquer la route à suivre ? »

« Qui es-tu ? » lui demanda la vieille femme sur un ton sévère. « Je suis Thuy Anh, envoyée par le roi Vun Tung, mon père, pour demander votre aide. La fée des montagnes nous a dit que vous pourriez nous aider à trouver une solution aux malheurs qui frappent notre pays. »

La vieille femme leva ses yeux vers Thuy et l’observa longuement avant de lui répondre. Puis, sur un ton sec, elle lui dit : « Pour vous aider, tu devras tout d’abord résoudre une énigme. Si tu réussis, je pourrai peut-être t’aider. Sinon, tu poursuivras ton chemin et je n’aurai rien de plus à te dire. »

« Madame, vous devez bien savoir que notre pays souffre et que les gens n’ont plus à manger. Aidez-nous, je vous en prie ! » implora Thuy. Mais la vieille femme baissa les yeux et ne lui répondit pas.

Après un long silence, Thuy lui dit : « Madame, je suis prête. Proposez-moi l’énigme et je ferai de mon mieux pour la résoudre ». Alors, sans même lever la tête, la vieille femme lui dit sur un revêche : « Tu as beau essayer, tu ne peux pas me tenir dans ta main, car je file entre tes doigts. Quand tu me regardes, tu ne me vois pas et ton regard passe à travers moi. Quand tu es sur moi, tu peux aller loin. Et sans moi, tout meurt. Qui suis-je ? » Là-dessus, la vieille femme se tut et sembla tout à coup tomber dans un profond sommeil.

Thuy s’assit sous l’arbre et se mit à réfléchir. Voilà un mystère auquel elle ne s’attendait pas. Que pouvait bien être cette chose inconnue décrite par cette sorcière, car seule une sorcière pouvait pour lui poser une telle énigme. Elle se concentra sur les paroles de la vieille femme, cherchant à comprendre le sens de chaque mot. Elle regardait au loin les rizières, alors que le fleuve glissait lentement à ses pieds. Les heures passèrent.

Les rayons du soleil couchant tombaient sur les eaux vertes du Mékong et se brisaient en mille fragments d’or. Les minutes s’écoulaient au rythme du fleuve. Elle observait l’eau qui glissait lentement devant elle et tout à coup, une idée germa dans son esprit. Elle cligna des yeux et soudainement, elle comprit les paroles de la sorcière. Elle sauta sur ses pieds et s’exclama : « J’ai trouvé ! J’ai trouvé le sens de votre énigme ! Réveillez-vous, madame ! » Thuy ne contenait plus son impatience ; elle voulait absolument résoudre l’énigme au plus tôt et s’assurer ainsi qu’elle avait vu juste.

La vieille femme ouvrit ses yeux lentement et redressa la tête. Sur un ton de défi, elle demanda : « Et tu crois vraiment avoir trouvé la bonne réponse, hein ?  Eh bien, donne-la-moi. »

Thuy prit lentement son souffle et pointa du doigt le fleuve. « L’eau ! C’est de l’eau dont il s’agit. La réponse à votre énigme, c’est l’eau ! »

« Explique-moi ça ! » lui dit la vieille femme, la regardant droit dans les yeux.

« On ne peut pas attraper l’eau, sitôt qu’on l’a dans la main, elle glisse et file entre les doigts. L’eau est transparente et même si on la regarde dans un verre, on ne la voit pas vraiment, car notre regard passe à travers. Si je prends une barque et que je vogue sur l’eau, je peux aller très loin sur son dos. Enfin, sans eau, tout meurt en effet. Tout ce qui vit sur terre a besoin d’eau ».

Un long silence suivit ses explications et Thuy soutenait le regard inquisiteur de la vieille.

Celle-ci prit enfin la parole et le ton de sa voix s’était adouci. « Tu es une fille brave et intelligente. Tu as bien résolu l’énigme que je te posais. Et comme je te l’avais promis, je vais t’aider dans ta quête pour sauver notre pays. Tiens, voici une fiole qui contient toute l’eau du Mékong. Garde-la précieusement. Attention qu’elle ne se brise, car elle pourrait noyer le pays entier. Maintenant, tu dois te rendre à Sapa, dans les montagnes du Nord. Au croisement des chemins, tu rencontreras un jeune garçon. Il te guidera sur le bon chemin. Va ! »

Il faisait déjà sombre, mais Thuy ne pouvait pas perdre de temps. Il lui fallait poursuivre sa route rapidement, car la vie de son pays était en danger. Aussi, prit-elle congé de la vieille en la remerciant profusément. Elle sauta sur son dragon bleu et s’envola dans les airs. Direction : Sapa dans les montagnes du Nord.

Elle survola durant deux jours le grand pays du Vietnam, du sud au nord. Assise sur le cou de Cah Bö, son dragon bleu, elle parcourut ainsi de grandes distances. Partout, elle ne voyait que des buffles couchés le long des routes, des enfants amaigris et des fermiers qui récoltaient dans les champs quelques rares fruits. Voyant cela, Thuy Anh devint encore plus déterminée à trouver une solution pour sauver son pays.

Enfin, elle arriva à Sapa, village perchée au haut des montagnes du Nord. Lorsque son dragon se posa, elle sauta rapidement de son dos. Au premier croisement de routes, elle aperçut un garçon de son âge qui dessinait dans le sable du chemin. Elle s’approcha de lui et le salua.

« Bonjour, je m’appelle Thuy Anh et je suis à la recherche d’un garçon qui doit m’aider. » Le garçon se leva et lui répondit : « Je sais qui tu es et je t’attendais. Moi aussi j’ai quelque chose à te donner qui va t’aider dans ta quête. Mais avant de te la donner, tu dois répondre à une question. »

Thuy se douta tout à coup que cela pouvait être une autre énigme : « Est-ce que tu vas me poser une sorte de devinette ? »

Le garçon la regarda avec curiosité : « Oui, comment le sais-tu ? » Mais sans attendre sa réponse, il lui dit : « Je suis léger comme une plume qui caresse ton visage, mais si je me fâche, je suis assez fort pour arracher et briser de grands arbres. Je suis tout autour de toi et même en toi et pourtant, tu ne me vois pas. Quand je passe, les fleurs baissent la tête et les vagues recouvrent la mer. Enfin, si tu me salis, tu meurs. Qui suis-je ? » Et là-dessus le garçon se tut. Il lui tourna le dos et commença à marcher vers la montagne.

« Hé ! Attends ! Donne-moi des explications ! Tu ne peux pas me quitter comme ça ! » Mais sans ajouter un mot, le garçon poursuivit sa marche. Thuy Anh n’avait pas d’autre choix que de le suivre. Et tout en marchant, elle réfléchissait très fort.

Elle avait compris de l’énigme précédente que chaque mot avait son importance. Aussi, se répétait-elle les phrases que le garçon avait dites, en essayant de comprendre leur signification. Qu’est-ce qui pouvait donc être à la fois léger et fort tout en étant partout et invisible ? Qu’est-ce qui fait baisser la tête des fleurs et cause des vagues sur la mer ? Et surtout, qu’est-ce qui pouvait bien être mortel si elle la salissait ? Elle avait beau chercher, elle ne trouvait pas…

Elle marchait donc en silence à côté du garçon, alors que Cah Bö gambadait derrière eux, broutant et jouant avec des oiseaux. Thuy Anh observait le paysage magnifique des montagnes autour d’elle et dont les cimes de certaines se perdaient dans les nuages. Un vent frais s’était levé et l’air sentait bon les parfums acides de la forêt des conifères. Ils marchèrent ainsi de longues heures et Thuy n’arrêtait pas de réfléchir.

Le soleil commençait à descendre derrière les montagnes et Thuy Anh était épuisée. Elle voulait se reposer quelques minutes. Alors qu’elle s’apprêtait à s’asseoir sous un arbre, un coup de vent emporta une feuille morte. Thuy sauta immédiatement sur ses pieds et cria : « Ça y est ! J’ai trouvé ! »

Le garçon se retourna vers elle et lui dit : « Si tu as trouvé la clé de l’énigme, je vais pouvoir t’aider. Sinon, je vais poursuivre mon chemin. Alors, dis-moi. »

Thuy Anh ferma les yeux et lui répondit : « Je suis le vent, je suis l’air… je suis le vent léger comme une plume. Mais le vent peut aussi se transformer en ouragan et arracher des arbres et des maisons et tout détruire sur son passage. Quand le vent se lève, les fleurs se penchent, comme cette feuille morte que je viens de voir et qui a été soulevée et emportée. L’air est tout autour de nous, nous le faisons entrer en nous en respirant et pourtant on ne le voit pas. Et si l’air est sale et pollué, il peut nous tuer et tuer tout ce qui est vivant. » Thuy Anh se tut, attendant le verdict du garçon.

Il la regarda longuement, semblant se répéter chaque mot qu’elle avait prononcé pour bien s’assurer de les avoir compris. Enfin, un grand sourire éclaira son visage et il lui dit : « Bravo ! Tu as résolu l’énigme ! Elle n’était pas facile et je n’étais pas sûr que tu en étais capable. Je suis heureux que tu aies su le faire avec succès. » Il lui tendit une boule de cristal qui semblait vide et légère. « Tiens, voici ce qui va t’aider dans ta recherche. Attention ! Ne la brise pas ! Cette boule contient tous les vents de la terre. Si tu la brises, ils s’enfuiront, se déchaîneront sur le pays quarante jours et quarante nuits et risquent de tout détruire sur leur passage. Garde-la précieusement. Maintenant, va-t’en ! 

« Mais où dois-je aller ? » lui demanda Thuy, perplexe. « Va à Danang. Dans un champ, à la porte de la ville, tu verras une licorne blanche avec une tache noire sur le front. Va, elle t’attend. » Il se retourna et d’un pas rapide, disparut au détour de la route.

Sans perdre de temps, Thuy Anh sauta sur le dos de son dragon bleu et s’envola dans la nuit en direction de Danang.

À l’aube, Thuy aperçut la ville de Danang, assoupie dans la vallée. Dans le passé, cette vallée était verdoyante et les champs de légumes s’étendaient entre les collines. Les vergers regorgeaient de fruits de toutes sortes qui faisaient la fierté de la région. Aujourd’hui, ce paysage était désolant, les champs étaient laissés à l’abandon et les arbres fruitiers séchaient au soleil matinal.

Thuy traversa les nuages et se rapprocha de la terre. Non loin, elle aperçut un enclos délimité par une clôture au milieu duquel se trouvait une licorne à la robe d’un blanc éclatant qui broutait quelques rares herbes.

Aussitôt que Cah Bö se posa sur le sol, elle sauta prestement et courut vers la licorne. En s’approchant, elle remarqua que la licorne portait une tache noire au front.

Mais les licornes sont très peureuses et dès qu’elle vit Thuy Anh s’approcher, elle s’enfuit au fond de l’enclos. Thuy s’adressa à elle d’une voix douce : « N’ayez aucune crainte, licorne. Je viens demander votre aide. J’ai besoin de vous. Je ne vous veux aucun mal. Je suis la princesse Thuy Anh. C’est le roi, mon père, qui m’envoie. »

La licorne l’observa longuement et au bout de quelques minutes, elle s’approcha de Thuy en baissant la tête et en faisant de grands signes avec sa longue corne. « Je t’attendais, princesse. Je suis au courant des malheurs qui frappent notre pays et je vais essayer de t’aider. Mais avant, tu devras résoudre une énigme. J’entends dire que tu es une fille intelligente et que tu en as déjà résolu deux. Voyons si tu seras capable encore une fois. Si tu y arrives, je vais t’aider. Sinon, je vais disparaître et te laisser à ton sort. »

Thuy commençait à comprendre le déroulement de sa recherche. Elle lança à la licorne : « Eh bien ! Allez-y ! Posez-moi votre énigme. Je vais faire de mon mieux pour y répondre et ainsi sauver mon pays. »

La licorne lui dit : « Si tu souffles sur moi, tu me rends fort. Prends soin de moi et je serai ton meilleur ami, sinon je te ferai mal. Reste près de moi et tu te sentiras bien. Mais si tu t’éloignes, tu risques d’avoir froid. Je peux manger n’importe quoi pour grandir et alors je peux atteindre les nuages. Mais si tu me donnes de l’eau à boire, je meurs. Qui suis-je ? »

Thuy Anh se mit à réfléchir et à répéter chaque mot prononcé par la licorne. Quel pouvait bien être cette chose qui devient forte si on souffle sur elle ? Et qui peut grandir jusqu’aux nuages si elle mange n’importe quoi ? Surtout, Thuy était intriguée par le fait que cette chose mystérieuse pouvait être une amie, mais aussi qu’elle pourrait faire mal si on ne s’en occupe pas. Ensuite, comment pouvait-elle mourir en buvant de l’eau ? Thuy savait que tout ce qui vit sur terre a besoin d’eau. C’était d’ailleurs la réponse à l’énigme posée par la vieille femme…

Tout à coup, elle se rappela avoir vu des paysans travailler dans les champs et brûler des feuilles mortes.

« Je sais ce que c’est. Je crois que j’ai découvert la clé de l’énigme. Il s’agit du feu. En soufflant sur le feu, avec un peu de vent, il grandit. Si on y jette des branches, des feuilles mortes ou n’importe quoi, il peut grandir et la fumée monte jusqu’aux nuages. Le feu est un ami si on y prend grand soin, car on peut y faire cuire la nourriture et il peut nous réchauffer. Mais si on ne fait pas attention, il s’échappe et peut nous faire mal. Alors, pour l’éteindre il faut lui jeter de l’eau, car c’est la seule chose qui le fait mourir ».

Thuy se tut et attendit avec impatience que la licorne lui dise si elle avait découvert la solution de l’énigme. La licorne observait la princesse et soudain, s’approcha d’elle en baissant la tête jusqu’à ce que la pointe de sa corne touche délicatement l’épaule de Thuy. « En effet, c’est le feu. Tu as bien raison. Tu as un bon sens de l’observation des choses qui t’entourent, comme il faut le faire. Ta réponse est juste et je vais donc t’aider. Tiens, prends cette boîte et garde-la avec précaution. Tu la remettras au roi, ton père. » Lorsque Thuy ouvrit la boîte, elle vit qu’elle contenait un gros morceau de charbon rougeoyant. Devant l’air étonné de la princesse, la licorne ajouta : « Fais bien attention à ce charbon. Il a l’air petit et inoffensif, mais il renferme tout le feu du monde et il peut embraser la terre entière. Surtout, qu’il ne tombe pas dans la forêt. » Sur ces paroles, la licorne partit au galop, sauta par-dessus la clôture et se perdit au loin.
 

***

Thuy Anh était encore sous l’effet de la surprise quand elle réalisa soudain que le soir tombait et qu’elle était toute seule avec son dragon sans savoir où aller. Elle sursauta en criant : « Eh ! Revenez ! Où est-ce que je dois aller maintenant ? Est-ce qu’il est temps que je rentre chez moi ? » Mais la licorne avait bien disparu et un lourd silence enveloppa Thuy. Elle eut peur et commença à pleurer.

Tout à coup, elle entendit une voix familière dans son dos. « Pourquoi pleures-tu, princesse Thuy Anh ? »

Thuy se retourna vivement et vit Kim Dao, la reine des fées, calme et souriante. Cela la réconforta et elle répondit, à travers ses larmes : « Voilà des jours que j’ai quitté le palais de mon père et que je cherche les moyens de sauver notre pays. Je rapporte des objets qui contiennent sans doute les remèdes nécessaires et qui m’ont été donnés par des personnages étonnants. Maintenant, je ne sais plus où aller. Dois-je rentrer chez moi ? Ou bien y a-t-il d’autres étapes à franchir dans ma quête ? Je ne sais plus… »

La reine des fées mit sa main sur l’épaule de Thuy et, avec grande bonté, lui dit : « Tu as fait jusque-là un travail remarquable, Thuy. Tu as réussi bien au-delà de toutes nos espérances. Mais il te reste encore une dernière étape à franchir et c’est moi qui vais t’aider sur ce chemin difficile. Tu vas devoir, encore une fois, résoudre une énigme. Réfléchis bien, car si tu ne trouves pas la bonne réponse, je vais devoir te laisser. Tu rentreras toute seule chez ton père et tu auras échoué dans ta recherche. Mais si tu trouves la clé de cette énigme, alors, non seulement tu auras réussi, mais tu auras sauvé ton pays de la famine et du malheur. »

Bien que tranquillisée, à la vue de la reine des fées son amie, Thuy était très anxieuse face à cette nouvelle difficulté. Par contre, elle commençait à connaître les règles de ce jeu difficile et elle était prête.

Kim Dao lui dit, l’index levé : « Tu marches sur moi et je ne te sens pas. Je suis vieille et fragile et pourtant, je porte des millions de personnes sur mon dos. Donne-moi une graine de pomme et je te donnerai en retour des pommiers et des centaines de pommes. Donne-moi une graine de blé et je pourrai nourrir des milliers de personnes. Je peux être molle, dure, sèche ou humide et tu peux faire de moi ce que tu veux. Mais si tu ne prends pas soin de moi, c’est toi qui vas en souffrir et mourir. Qui suis-je ? »

Lorsque la reine des fées eut terminé sa phrase, Thuy fut envahi d’un sentiment de crainte et de désespoir. C’était sans aucun doute la plus difficile des énigmes qu’elle avait entendues. Elle ne se sentait pas capable de la résoudre.

Pourtant, la princesse savait à quel point il était important de trouver la bonne réponse : seule cette réponse pouvait sauver son pays. La reine des fées lui avait bien dit que c’était l’ultime énigme. Elle était proche du but. Elle se secoua et reprit courage. Il lui fallait absolument se concentrer et trouver la réponse.

Thuy Anh ferma les yeux pour mieux réfléchir à tous les éléments de l’énigme. Kim Dao avait bien indiqué que cette chose mystérieuse était vieille et fragile et pourtant qu’elle devait être assez forte pour porter une multitude de personnes sur son dos. Elle pouvait avoir diverses apparences : molle ou dure, sèche ou humide, et pouvait prendre différentes formes. Cette chose pouvait aussi transformer une graine de pomme en pommiers avec des centaines de fruits et avec une graine de blé elle pouvait nourrir un grand nombre de personnes. Et il fallait s’en occuper et en prendre soin, sinon elle risquait de faire souffrir. Que pouvait bien être la réponse de cette énigme ? Thuy réfléchissait intensément, mais elle ne trouvait aucune solution à cet épineux problème.

La nuit tombait et la princesse fut prise d’une envie de dormir. Toutes ces aventures l’avaient épuisée. Elle se blottit dans la mousse au pied d’un grand arbre, et aussitôt, s’endormit. Dans son sommeil, elle fit un rêve étrange. Elle se voyait, courant dans un champ avec un grain de pomme en main. Celui-ci lui glissa des doigts et tomba. Elle se mit à quatre pattes et remua toute la terre pour le retrouver. Mais chaque fois qu’elle creusait un trou à la recherche de la graine, un arbre poussait tout à coup, chargé de belles grosses pommes rouges. Elle fouillait toujours, mais sans jamais trouver la graine. Elle remuait la terre, qui devenait de plus en plus sèche et dure et ses doigts lui faisaient mal. Elle se mit à pleurer et ses larmes, en tombant sur le sol, la rendaient plus molle et plus facile à creuser. Enfin, épuisée, elle s’arrêta et se mit à sourire ; elle avait trouvé la clé de l’énigme.

Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, elle sauta sur ses pieds et dit à la reine des fées, toute joyeuse : « J’ai trouvé. Je sais la réponse à la question que vous m’avez posée. »  Kim Dao lui demanda : « Eh bien ! Quelle est donc cette chose étrange ? »

Triomphante, Thuy Anh lui dit : « C’est la terre ! Elle est très vieille et peut porter des millions de personnes sur son dos. Si on enfouit une graine de pomme ou de blé dans la terre, il poussera un arbre ou une tige de blé. Mais après quelque temps, il y aura des dizaines d’arbres et des centaines de pommes. Une graine de blé pourra donner des champs entiers de blé et nourrir des centaines de personnes. Il faut aussi prendre soin de la terre si on veut qu’elle prenne soin de nous. Si on ne le fait pas, elle va se détériorer et c’est nous qui allons en souffrir et sans doute en mourir. »

Kim Dao regarda longtemps Thuy Anh avant de la prendre dans ses bras et de lui dire : « Bravo, princesse ! Tu es une fille intelligente et tu as effectivement trouvé la bonne réponse à la question. Je suis très heureuse pour toi. Mais je suis encore plus heureuse pour notre pays, car tu viens de le sauver. Viens, rentrons au palais pour voir ton père. Il sera sûrement fier de toi. »

La reine des fées ramassa un peu de terre qu’elle mit dans un sac et le tendit à Thuy. « Tiens. Tu rapporteras ce peu de terre au roi. Tu le lui remettras avec la fiole d’eau, la boule de cristal remplie de vent et la boîte qui contient le charbon brûlant. »

Elles montèrent toutes deux sur le dos du dragon bleu et s’envolèrent dans les airs en direction du palais.

Conclusion :
 

Une grande cérémonie avait été préparée pour célébrer le retour de la princesse Thuy Anh. Le bruit avait couru qu’elle revenait et le peuple s’était rassemblé sur la grande place publique devant le palais. Le roi se tenait en haut des marches devant la Grande Porte. Devant lui, sur une énorme table de pierre, étaient placés les quatre objets que la princesse avait rapportés de son long voyage. De part et d’autre du roi, se tenaient la reine des fées et Thuy Anh, ainsi que tous les personnages importants du royaume. Cah Bö, le dragon bleu, lui, s’était assoupi aux pieds de sa princesse.

Le roi se tourna vers la princesse et dit à haute voix : « Thuy Anh, ma fille, tu nous es revenue après avoir parcouru notre pays du sud au nord et avoir relevé les défis les plus difficiles. Tu as trouvé la réponse à quatre énigmes complexes que peu de gens auraient pu deviner. Tu as su trouver les quatre réponses qui constituent les quatre éléments de notre monde : l’eau, l’air, le feu et la terre. Ces éléments sont à la base de toute vie sur notre planète. Sans eux, il n’y aurait pas d’existence possible. Au nom de notre pays, de tout le peuple ici présent et en mon nom personnel, nous voulons te remercier pour ta perspicacité et ton courage. Grâce à toi, notre pays est sauvé. »

Là-dessus, le roi se retourna vers la reine des fées et lui dit : « Kim Dao, à vous maintenant de nous faire bénéficier de vos dons magiques et de mettre en marche l’énergie que contiennent ces quatre éléments. »

À son tour, Kim Dao s’approcha de la table de pierre. Elle prit tout d’abord le sac qui contenait la terre et le vida dans un plateau en or. Ensuite, elle disposa le plateau sur la boîte dans laquelle se trouvait le charbon. En soufflant lentement sur celui-ci, une grande flamme s’éleva et elle brûla la terre en quelques secondes. D’un geste rapide, la reine des fées ouvrit la fiole d’eau et éteignit le feu avant qu’il ne s’étende trop loin sur la table. Enfin, elle demanda à tous ceux qui étaient présents de s’éloigner de la table. Elle prit la boule de cristal et, avec force, la jeta sur la terre calcinée. Soudain, dès que la boule se brisa sur la pierre, un grand vent s’éleva en tourbillonnant et en emportant les cendres à travers les nuages. Le ciel s’assombrit et un ouragan secoua la terre. On pouvait clairement distinguer les vents se dispersant aux quatre coins des cieux, emportant avec eux la poussière brûlée porteuse d’espoir.

Dans les jours qui suivirent, tout le Vietnam avait été recouvert de cette poudre pleine de richesse et de vie. Bientôt, les rizières reverdirent, les arbres fruitiers portèrent des fleurs et des fruits en quantité, les légumes de toutes sortes recouvrirent des champs à perte de vue. Les gens avaient retrouvé leur joie de vivre et les enfants riaient et jouaient dans les rues.

Deux ans plus tard, Thuy Anh succéda au roi, son père, et devint reine. Elle vécut de longues années en prenant soin de son cher pays.

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